Pâques : « Je crois au printemps de l’Église ! »

Saint François d’Assise a ouvert l’Église à un renouveau par une vie simple est cohérente. Il n’a pas sombré dans une idéologie violente. Sa ‘révolte’ est pacifique. Il réagit avec les armes de l’Évangile : annoncer la paix, l’amour et la réconciliation dans une société crispée, divisée, violente et fracturée. Si des frères prêtres ont écrit des pages sombres par leurs actes mauvais, le temps de Pâques nous pousse à écrire des pages lumineuses par des actes bons. Il ne s’agit pas d’être volontaristes ou naïfs. Il s’agit d’être chrétiens. Nous sortons d’un tombeau vers la lumière. Le froid et les ténèbres restent dans le tombeau.


Que nos actes soient lumineux !
Que nos paroles relèvent !
Que notre regard soit plein de compassion !
Que nos oreilles entendent les cris de ceux qui souffrent !
Que notre cœur soit gonflé de la sève de l’Amour !
Que notre esprit se renouvelle !
Que nos peurs disparaissent !
Que l’enthousiasme nous mobilise !
Que la vie du Christ nous réchauffe !
Que la Bonne Nouvelle se répande !
Que l’espérance triomphe !
Que la foi nous soutienne !
Que la joie soit contagieuse !

Oui, c’est Pâques !


Belle Route avec le Christ Ressuscité !


 

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De Saint Damien à Notre Dame…

« Va, François, et répare mon Église, qui, tu le vois, tombe en ruines ! »

Ces paroles du Christ en croix s’adressent à Saint François, alors qu’il était en prière dans la petite chapelle en ruines de Saint Damien, tout près d’Assise. Ces paroles résonnent étrangement à nos oreilles de frères franciscains, alors même que Notre Dame de Paris vient d’être ravagée par un terrible incendie. Comme un symbole de l’Église de France dévastée dernièrement par des scandales horribles.

Alors il nous semble entendre à quelques siècles d’intervalle la voix de Jésus Crucifié descendre de cette grande croix restée intacte à l’intérieur de la cathédrale et nous dire :

« Va et répare mon Église de France qui, tu le vois, tombe en ruines. »

Et si, comme Saint François, nous nous mettions en route? Au départ, François d’Assise n’avait pas tout compris de l’appel qu’il avait reçu et il a commencé simplement par rebâtir Saint Damien. Ce n’est que plus tard qu’il a mieux perçu sa mission et il a réparé l’Église universelle qui était – déjà à cette époque – en proie à de nombreux scandales. Face à l’incohérence de vie de certains membres du clergé, sa réponse à l’appel du Seigneur a été simple, radicale et limpide : il a proposé un retour aux sources, un retour à l’Évangile « brut, sans édulcorant ni conservateur » pourrait-on dire. « Notre règle est celle-ci », dira-t-il :

« Observer le Saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l’obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté ».

Ainsi, pauvreté, humilité, minorité, fraternité avec tous, simplicité, « réparation » de la paix, restauration de vies brisées, sont au cœur de notre charisme et de notre spiritualité franciscaine.

L’incendie qui s’est déclaré dans la cathédrale Notre Dame ne l’a pas totalement détruite : sa structure a été préservée, ses principaux trésors sauvés, et même de premiers appels (et de premiers fonds) se lèvent pour la rebâtir « encore plus belle qu’avant ». L’espérance déjà renaît… Ami lecteur, le Christ nous appelle à reconstruire son Église. Peut-être comme Saint François pouvons-nous commencer par Notre Dame :-), c’est-à-dire par ce que nous comprenons que le Seigneur attend de nous à cet instant ? Et Notre Dame conduisant toujours à son Fils, celui-ci saura bien nous révéler notre vocation et le projet d’amour qu’il a posé sur notre vie de toute éternité.

En ce Jeudi Saint, jour de l’institution de l’Eucharistie, à l’aube de ce Triduum Pascal si particulier, nous rendons grâce pour notre vocation de frère franciscain, et notre vocation sacerdotale pour ceux d’entre nous qui sont prêtres. Que le Seigneur nous donne à tous et à chacun la grâce de réparer son Église et notre société, là où il nous a placés. Que Notre Dame ouvre nos chemins !


Nous vous souhaitons un …


 

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Les Rameaux : Branches sèches et branches vertes


Aujourd’hui, nous célébrons la fête des Rameaux. Cette fête ouvre le temps de la Semaine Sainte et de la Passion. Elle évoque les branches et les feuilles des arbres. Elle nous renvoie au printemps, à la vie… La nature se réveille. Le chrétien veille.


L’Église vit un hiver sévère à cause des scandales. Les médias et la société la désignent comme une institution qui a déçu. Des hommes d’église ont profité de leur pouvoir pour dominer, manipuler et abîmer des personnes vulnérables. Nous portons cette croix. Le Vendredi Saint, Jésus ne répond rien face aux accusations, aux cris et aux crachats. Il prend sa croix et il va jusqu’au bout. Son attitude est un modèle pour nous. La tentation est grande de se défendre et d’accuser les autres. Jésus sort de Jérusalem avec sa croix en silence. Le temps est venu pour nous de sortir de cette situation, non par une logique défensive, mais par une logique de construction. Comme l’Évangile le rappelle, les branches sèches doivent être coupées et les fruits mauvais jetés. Mais ne restons pas là. A côté de la colère des uns due à l’incohérence de vie de certains membres du clergé, nous percevons aussi l’attente des autres devant la force du message de Jésus.

La Semaine Sainte offre aux croyants des signes forts pour croire et pour espérer. Le Jeudi Saint, Jésus lave les pieds aux disciples. Ce geste a du sens aujourd’hui. Laver les pieds : un geste étrange pour nous. Les pieds nous lient à la terre. Par les pieds, nous sommes au contact de l’humain, de tout ce qui est imparfait. Par le contact avec les autres, nous pouvons souiller, salir, blesser. Jésus lave, c’est-à-dire que, par son action, il nettoie les liens terrestres. Son geste nous invite à être attentifs à nos paroles et à nos comportements pour ne plus salir la vie de l’autre. Jésus fait un lien entre son geste et le commandement de l’amour.

En ces temps troubles, commençons par les pieds, par la base de notre vie. Commençons par rendre solide le socle de notre vie relationnelle et spirituelle. Si Jésus s’est mis à nos pieds, nous ne devons pas avoir honte de nous mettre aux pieds de nos frères. Cette attitude d’humilité n’écrase pas, elle soulage, elle relève.



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La conversion de Saint François : « Répare mon Église ! »


Mercredi 6 mars, nous sommes entrés en Carême, ce temps de préparation à la fête de Pâques qui est aussi un temps que nous donne le Seigneur pour nous convertir. C’est pourquoi, nous vous proposerons, chaque week-end, une méditation basée sur l’itinéraire de conversion de St François. Voici la cinquième : « Répare mon Église ! ».

Nous vous souhaitons une belle route vers Pâques ! Que le Seigneur vous accompagne !


Le Crucifié dit à François : « Va, répare mon Église, tu le vois, elle tombe en ruine » (voir ). Cette parole met François en mouvement. Il obéit et répare les murs d’une chapelle. François comprend plus tard qu’il doit réparer, non pas une chapelle, mais l’Église. Il vit un profond enthousiasme. Il veut se donner et construire. Il donnera toutes ses énergies pour l’Église.
RÉPARER : une action exigeante qui demande de la lucidité et du respect. On répare une réalité abîmée. Une réalité abîmée a connu la splendeur puis la blessure. Mais réparer‘ signifieredonner la beauté des origines’. Le mouvement de la réparation s’enracine dans l’espérance. Oui, un changement est possible. Oui, le défiguré sera transformé.

François, fraîchement converti, obéit à l’ordre du crucifié. Il passe de la réparation matérielle à la réparation spirituelle par sa vie. Le style de vie de François est un signe pour l’Église : sa pauvreté, sa simplicité, sa fraternité, sa prière, sa mission, … son comportement tout entier est réparateur. L’Église de cette époque connaissait trop de signes sombres. Elle perdait son éclat par l’incohérence de ses membres. François ne juge pas et ne se scandalise pas. Il agit pour le Bien. Face aux rides et à la laideur des fautes de l’Église, il apporte la fraîcheur et la beauté de la nouveauté évangélique. Il apporte l’Amour du Père. Il construit un nouveau comportement dans l’Église : il est Mineur. Il ne veut ni dominer ni manipuler, mais au contraire relever des vies fades et désorientées. Et il réussit ! Sa liberté l’oriente vers tous ceux qui sont abîmés par la vie. Là où il passe, il donne des paroles de vie qui relèvent, éclairent et touchent l’être profond. Elles sortent d’un cœur habité par le Seigneur… elle sont paroles de Dieu.

‘Réparer’ est toujours d’actualité. Par le sacrement de réconciliation, on répare le cœur.

En ce temps de Carême, l’espace pour la réparation est fondamental. Le Seigneur nous veut beaux et rayonnants. Il efface nos laideurs et répare notre foi.


Méditation

  • Est-ce que je connais mes blessures ?
  • Me font-elles peur ? Me font-elles bouger ?
  • Une vocation à la réparation me séduit-elle ?
  • Vois-je la réparation de ma vie et de mon histoire comme une grâce ?

Retrouvez les méditations pour le mercredi des cendres ici et pour les quatre premières semaines de Carême en suivant ces liens : [Semaine 1] [Semaine 2] [Semaine 3] [Semaine 4].

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La conversion de Saint François : les grottes, la quête de l’intériorité !


Mercredi 6 mars, nous sommes entrés en Carême, ce temps de préparation à la fête de Pâques qui est aussi un temps que nous donne le Seigneur pour nous convertir. C’est pourquoi, nous vous proposerons, chaque week-end, une méditation basée sur l’itinéraire de conversion de St François. Voici la quatrième : « En quête d’intériorité ! ».

Nous vous souhaitons une belle route vers Pâques ! Que le Seigneur vous accompagne !


Il entraîna alors un de ses compagnons, pour qui il avait beaucoup d’affection, vers des lieux écartés en lui disant qu’il avait découvert un trésor important et de grand prix. L’ami est transporté de joie et l’accompagne volontiers chaque fois qu’on l’appelle. François le conduisait souvent vers une grotte, près d’Assise, et là, laissant à l’extérieur son compagnon préoccupé du trésor à posséder, il entrait seul et, rempli d’un esprit totalement neuf, il priait le Père dans le secret […]. A cause de cela, lorsque, sortant de la grotte, il revenait vers son compagnon, il paraissait changé en un autre homme.
(cf. Les Trois Compagnons, chap. 4, 12)

François ne s’enfuit pas dans les grottes. Il cherche Dieu et il se cherche. Il a soif d’un contact vrai. Le mouvement physique d’entrer dans la terre, dans une grotte, correspond au mouvement spirituel d’entrer en soi-même. Les grottes sombres et humides sont des lieux protecteurs et mystérieux en même temps. François cherche la lumière dans les grottes sombres. Il veut passer de la superficialité à l’authenticité, de l’apparence à la vérité. Dans les moments importants de sa vie, par le discernement, il trouvera la lumière dans ces lieux rudes. François d’Assise n’hésite pas à accomplir le pèlerinage vers ses racines où il va découvrir qui il est et où il va discerner qui il doit être selon Dieu. Il sort transformé des grottes. Il évolue par le dynamisme de l’Esprit créateur et sanctificateur.

La spiritualité franciscaine est profondément liée à l’incarnation du Christ. Saint François vivra le mystère de la Nativité à Greccio (cf. photo ci-contre), dans un ermitage au creux des rochers, et le mystère de la Croix à l’Alverne, encore dans une grotte. Dans ces deux ermitages, il méditera le sens de la vie et le sens de la mort, le commencement et la fin, la fraîcheur de la vie naissante et la douleur de la Passion. La vie humaine se développe dans le mystère du ventre maternel. L’enfantement de l’homme nouveau se fait également dans le mystère de la vie intérieure, là où le cœur s’ouvre à la transcendance.

François marche dans les pas de Jésus dans le désert et dans ceux du prophète Élie qui, déjà, avait fait expérience de Dieu dans une grotte. François est un grand chercheur de Dieu. Il plonge dans le mystère de Dieu et là, il trouve l’Amour.


Méditation

  • Ai-je des temps pour moi, pour me poser ?
  • Quel regard est-ce-que je pose sur ma vie ? Est-ce-que je me vois superficiel ? sérieux ?
  • Suis-je curieux de Dieu ?
  • Ai-je peur de ma vérité ?

Retrouvez les méditations pour le mercredi des cendres ici et pour les trois premières semaines de Carême en suivant ces deux liens : [Semaine 1] [Semaine 2] [Semaine 3]. Pour compléter cette méditation, vous pouvez aussi relire l’un des premiers articles de notre blog, intitulé ‘surfer ou plonger‘, deux attitudes importantes pour notre vie spirituelle.

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L’Annonciation ? Un signe et deux « oui » qui se rencontrent…

Après Saint Joseph la semaine dernière (cf. ), voici maintenant que nous célébrons son épouse, la Vierge Marie, à travers la solennité de l’Annonciation. L’Annonciation ! Un moment fort de la vie de la Sainte Vierge… Notre méditation d’aujourd’hui s’appuiera sur les extraits de la Parole de Dieu de ce jour que vous pouvez retrouver ici. Elle s’articulera autour de deux aspects, importants pour notre vie et notre recherche vocationnelle : les signes que Dieu sème sur notre route et le OUI à sa volonté.


Les signes

Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, car Dieu est avec nous. » (Is, 7, 14).

Cette Parole nous rappelle que le Seigneur est proche de nous et s’intéresse à notre vie. Il nous donne des signes concrets, à travers souvent la médiation des événements ou des personnes que nous rencontrons. Parfois, comme pour Saint François dans la petite chapelle de Saint Damien, il intervient directement pour nous faire connaître sa volonté sur nous : « Va, François et répare-mon église qui, tu le vois, tombe en ruines ». Et Saint François, comme Abraham et tant d’autres, a obéi à l’appel du Seigneur et a eu une vie d’une exceptionnelle fécondité. Cela nous interroge. Sommes-nous attentifs aux signes que Dieu pose dans notre vie ? Prenons-nous le temps de les discerner ? En avons-nous peur ? Et si, nous profitions de ce temps de Carême pour passer du temps avec le Seigneur et lui demander, comme Saint François : « Que veux-tu que je fasse ? »

Le OUI à la volonté du Père

Quand on pense à l’Annonciation, on pense souvent au OUI de Marie que nous rapporte Saint Luc dans son Évangile (Lc 1, 38) :

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Ce OUI est un OUI éclairé, réfléchi (elle ne répond pas tout de suite), un OUI confiant, total, qui l’engage toute entière. A travers ce OUI, Marie adhère parfaitement à la volonté du Père et elle découvre son identité de ‘Comblée-de-grâce‘ et reçoit sa mission de ‘Mère-de-Dieu‘ (cf. ici). Mais il y a aussi le OUI du Fils, seconde personne de la Trinité, qui accepte de partager notre condition d’homme, avec sa finitude et ses limites, pour nous donner la vie éternelle :

En entrant dans le monde, le Christ dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : ‘Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre’. » (He 10, 9)

Encore un OUI et une pleine adhésion à la volonté du Père. En Marie, le Fils pourra s’incarner et devenir Jésus le Christ, notre sauveur et notre rédempteur. Par ces deux ‘oui’ parfaits, la volonté du Père – qui est que ‘tous les hommes soient sauvés’ (1 Tm 2, 4) – va se réaliser.


L’Annonciation est donc la fête des signes et de la rencontre de deux ‘OUI’. Et nous ? Saurons-nous discerner les signes que Dieu sème dans notre vie et dire OUI au projet que le Père a formé pour nous depuis toute éternité ? Un projet de vie et de bonheur. Un projet exigeant certes car il passe par le don de soi, parfois jusqu’à la croix. Mais un projet qui en vaut la peine, car il nous conduit vers la résurrection et la vie en abondance ! Alors, en ce jour de l’Annonciation, remercions Marie d’avoir dit oui et, avec elle et Jésus, disons au Père :

Je suis ta servante/ton serviteur. Me voici pour faire ta volonté.

Et le Seigneur fera le reste car ‘rien ne lui est impossible’ ! (Lc 1, 37)

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La conversion de Saint François : en quête de liberté !


Mercredi 6 mars, nous sommes entrés en Carême, ce temps de préparation à la fête de Pâques qui est aussi un temps que nous donne le Seigneur pour nous convertir. C’est pourquoi, nous vous proposerons, chaque week-end, une méditation basée sur l’itinéraire de conversion de St François. Voici la troisième : « En quête de liberté ! ».

Nous vous souhaitons une belle route vers Pâques ! Que le Seigneur vous accompagne !


Amené en face de l’évêque, il n’attend pas, il ne barguigne pas : sans prononcer un mot et avant qu’on lui enjoigne quoi que ce soit, il ôte tous ses vêtements et les lance dans les bras de son père ; il ne garde même pas ses caleçons mais demeure complètement nu devant toute l’assistance. L’évêque, touché de ce courage et saisi d’admiration au spectacle d’une telle ferveur et force d’âme, se leva aussitôt, attira le jeune homme dans ses bras et le couvrit de son manteau. Il avait clairement conscience d’être là en présence d’une inspiration de Dieu, et il était persuadé que la scène dont il venait d’être le témoin possédait une signification surnaturelle et cachée. C’est pourquoi, à partir de ce moment, il se constitua son protecteur, lui prodigua encouragements et marques de tendresse, bref l’adopta et l’aima du plus profond de sa charité. Notre athlète désormais va lutter nu contre son adversaire nu; dépouillé de tout ce qui appartient au monde, il ne s’occupe plus que de la justice à laquelle Dieu nous convie. Il s’appliquera si bien à mépriser sa propre vie sans aucune complaisance, que la paix sera, tout le long de sa route infestée d’ennemis, la compagne de sa pauvreté et que la cloison de sa chair sera le seul écran qui le séparera pour un temps de la vision de Dieu. (1 Celano 6, 15)

Cet acte est motivé par la tension que François vit avec son père. Les choix de François depuis son retour de Spolète sont étranges aux yeux de son père. Il donne de l’argent aux pauvres, il donne des tissus précieux, il perd son âme commerciale. Le père voit son rêve pour François s’évanouir. Il est en train de dilapider tous ses biens. Sans faire de lecture freudienne sur les rapports père/fils dans la construction de la personnalité, il convient de signaler combien les difficultés relationnelles entre le père et le fils sont présentes dans la tradition biblique. Ainsi, Jacob a un fils préféré, Joseph, et les autres frères lui reprochent cette différence. Le roi David fuit la furie de son fils Absalon qui veut le tuer pour prendre sa place. Le père du fils prodigue, lui, par contre, respecte le choix de son fils en souffrant de la distance. La relation père/fils n’est pas simple. Elle doit grandir en passant par des phases de tension et parfois de division pour enfin aboutir à la réconciliation et la sérénité. Cet équilibre relationnel n’est pas automatique. Le livre de la Genèse invite l’homme adulte à quitter son père et sa mère (cf. Gn 2, 24), à quitter la maison de son père, comme Abraham (cf. Gn 12, 1). Il s’agit d’un terme radical « quitter ».

Le père de François, excédé par un fils qui dévore ses biens en les donnant aux autres, le porte face au tribunal de la ville. Il crie à l’injustice devant l’évêque. Dans ce procès, le père accuse le fils mais le fils ne se défend pas. C’est étonnant. François ne justifie pas sa nouvelle vie, sa conversion. Il ne dit rien. Comme le serviteur souffrant d’Isaïe, lors de son procès, il n’ouvre pas la bouche (cf. Is 53, 7). Mais il parle par un geste. Encore un geste de conversion. Il se déshabille totalement. Avant, il dépendait du regard des autres, il avait les vêtements les plus luxueux, il brillait par ses costumes. Maintenant, le paraître ne compte plus. Il n’a plus honte de se montrer totalement pauvre. Il n’est plus conditionné par les commentaires des autres. Par ce geste, il commence à devenir libre de tout attachement matériel et affectif. Comme le dit Celano, « notre athlète lutte nu contre ses adversaires ». Il veut récupérer la liberté et l’innocence des origines.

Nu, il est couvert par le manteau de l’évêque. Il se met sous la protection de l’Église. A partir de ce moment, il peut dire en toute liberté : ‘Notre Père, qui est aux cieux.’ Il va nu à la rencontre du Seigneur. Les disciples lors de l’appel de Jésus laissent leurs filets et leur père (cf. Mc 1, 18 – 20). François, dans cette étape de sa conversion, laisse ses vêtements et son père pour commencer une nouvelle vie. Le geste de se mettre nu pour tout laisser est un acte de désappropriation. François est nu, comme au moment de la naissance, comme au moment de débuter nouvelle vie. La purification engendre la liberté et ouvre un avenir. François est prêt à se donner totalement à Dieu sans résistance.


Méditation

  • Des comportements ou des personnes m’empêchent-ils d’être totalement libre ?
  • Se désapproprier, laisser, se dépouiller, abandonner… des termes liés au détachement humain et spirituel. Est-ce que je vois des domaines de ma vie où il faut couper pour être libre?
  • Saint François a osé poser des choix forts pour se détacher et d’être libre. Est-ce que moi-même, j’aspire à une vraie liberté ?

Retrouvez les méditations pour le mercredi des cendres ici et pour les deux premières semaines de Carême en suivant ces deux liens : [Semaine 1] [Semaine 2].

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Des nouvelles de nos deux novices !

Aujourd’hui, nous fêtons Saint Joseph, l’époux de la Vierge Marie, un homme juste qui s’est donné totalement pour protéger sa famille, subvenir à ses besoins et élever Jésus. En cette solennité, nous avons la joie de vous donner quelques nouvelles de nos deux novices, Hugo et Grégoire. Comme vous le savez (voir ici), ils sont entrés au noviciat en septembre 2018, après deux ans de discernement à l’Année Saint François puis au postulat. Ils ont alors reçu l’habit franciscain et sont devenus frères. Dans le cadre de leur apprentissage de notre vie sur les pas de Saint François, ils sont actuellement à Rome pour un temps de formation avec fr. Anton, un frère roumain qui a été de communauté au couvent de Narbonne entre 1998 et 2006. Dans la joie de cette fête, nous les portons dans notre prière et nous rendons grâce au Seigneur car « Il nous donne des frères ».

Et pour mieux comprendre la vie d’un novice, nous vous proposons d’écouter (ou de ré-écouter) le témoignage de fr. Samuel-Marie qui a fait sa profession simple récemment (voir ). Retrouvez également les témoignages d’Hugo, de Grégoire et d’autres jeunes qui ont vécu l’Année Saint François en suivant ces deux liens [1] et [2].

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La conversion de Saint François : la rencontre avec le lépreux


Mercredi 6 mars, nous sommes entrés en Carême, ce temps de préparation à la fête de Pâques qui est aussi un temps que nous donne le Seigneur pour nous convertir. C’est pourquoi, nous vous proposerons, chaque week-end, une méditation basée sur l’itinéraire de conversion de Saint François. Voici la seconde : « La conversion : du dégoût au goût. ».

Nous vous souhaitons une belle route vers Pâques ! Que le Seigneur vous accompagne !


Or, un jour qu’il se promenait à cheval aux environs d’Assise, voici qu’il rencontra un lépreux. Malgré son immense dégoût et l’horreur qu’il éprouvait, il ne voulut ni transgresser l’ordre reçu ni violer son serment, car il avait donné sa foi : il sauta de cheval et s’approcha pour embrasser le malheureux. Celui-ci, qui tendait la main pour une aumône, reçut avec l’argent un baiser. François remonta en selle, mais il eut beau, ensuite, regarder de tous côtés – aucun accident de terrain ne gênait pourtant la vue – il ne vit plus le lépreux. Plein d’admiration et de joie, il renouvela peu après son geste : il visita l’hôpital des lépreux, distribua de l’argent à chacun d’eux et leur baisa la main et la bouche. Voilà comment il préféra l’amertume à la douceur et, vaillamment, se prépara aux exigences qui allaient suivre. (2 Celano, 5,9).

Entre François et le lépreux, il y avait des différences et des distances. François descend du cheval pour se mettre à sa hauteur, pour être à égalité avec lui. Il s’agit d’un pas important. Il quitte ses sécurités, son statut social et son pouvoir de dominer. Mais dans le combat contre son vieil homme, il va plus loin : François embrasse le lépreux. Il s’agit d’un geste de fraternité où la peur disparaît. Il touche cet homme impur pour être purifié de ses peurs. Dans l’Évangile de la fille de Jaïre, Jésus touche la main de la petite fille pour lui redonner la vie. François, en touchant le lépreux, se lève pour commencer une nouvelle vie. Par son baiser, la distance entre les deux hommes disparaît pour créer la communion. Ce contact avec le lépreux est salvateur pour la purification de François.

François, par cette rencontre, remporte une importante victoire sur lui-même et sur ses peurs. Dans son Testament, il affirme que le Seigneur l’envoya vers les lépreux et, qu’à partir de ce moment-là, « tout ce qui était amer se transforma en douceur ». François est plein de miséricorde avec les pauvres de son temps. Cette attitude montre le chemin de maturité de François où l’intériorité n’est pas l’intimisme, mais elle provoque la cohérence entre la transformation intérieure et le comportement avec les autres. François traduit par le baiser au lépreux son chemin de conversion. Il prie, il discerne, il change et cela se voit. La purification intérieure sans la conversion du comportement n’est pas encore adulte.

Pour François d’Assise le parcours de conversion n’est pas virtuel. Il pose des gestes. Embrasser un lépreux est un acte courageux. François comprend que sa vie ne peut pas se limiter à dire : « il faudrait », « il serait bien », « il est important de » … Dans le processus de sa conversion, Saint François n’attend pas. Il agit concrètement. Son ennemi, le lépreux, devient son prochain. Le geste de François l’a rendu proche de lui. Cet homme n’est plus seulement un malade dangereux parce que contagieux mais il a une identité, un nom, une famille, une histoire, des rêves, … Saint François, en embrassant le lépreux, apprend à le connaître et donc à l’aimer.

Jésus dit : « Aimez vos ennemis. » Saint François réalise cet impératif évangélique. Il aime quelqu’un qui ne lui voulait pas de mal mais qui était loin de sa vie et de son cœur.


Méditation

  • Est-ce que je connais des personnes que je ne « supporte pas »? Des personnes qui me dégoûtent ? Ont-elles des noms ? Il y a, sans doute, une origine…
  • Comment est-ce que je vis mes distances ? En les conservant ? En essayant de les faire disparaître ?
  • Suis-je capable de poser des gestes fous ? Des gestes qui me demandent de me dépasser moi-même ?

 

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La conversion de Saint François : au commencement était la mondanité


Mercredi 6 mars, nous sommes entrés en Carême, ce temps de préparation à la fête de Pâques qui est aussi un temps que nous donne le Seigneur pour nous convertir. C’est pourquoi, nous vous proposerons, chaque week-end, une méditation basée sur l’itinéraire de conversion de Saint François. Voici la première : « Au commencement était la mondanité ».

Nous vous souhaitons une belle route vers Pâques ! Que le Seigneur vous accompagne !


Quand fr. Thomas de Celano, son premier biographe, évoque la jeunesse de Saint François, il n’est pas très tendre :

Un arbre aux racines mauvaises ne peut qu’être mauvais, et ce qui a été perverti à fond n’est plus guère en état de retrouver la norme du bien. Quand ils ont franchi le seuil de l’adolescence, comment pensez-vous les voir évoluer ? C’est alors qu’ils se ruent d’un excès à l’autre puisqu’ils sont libres désormais de faire ce qui leur plaît, et leur unique souci est le vice auquel ils s’adonnent aveuglément. Devenus, par une servitude volontaire, les esclaves du péché, ils font de leurs membres des armes d’iniquité, ils n’ont bientôt, sous l’étiquette de leur nom de baptême, plus rien de chrétien dans leur vie et leur conduite. Et bien souvent ces malheureux se vantent de péchés plus graves qu’ils n’en ont commis, de peur d’être d’autant plus méprisés qu’ils sont plus innocents. Voilà les tristes débuts de cet homme que nous vénérons aujourd’hui comme un saint et qui est vraiment un saint ; il perdit son temps et le gâcha lamentablement jusqu’à sa vingt-cinquième année environ.(Thomas de Celano, Vita Prima, 1, 1).

François d’Assise, le fils de Pierre de Bernardone, est un jeune de son temps. Il aime les fêtes, il aime être au centre de tout et de tous. Les biographes de Saint François décrivent le saint avant et après sa conversion. François d’Assise était généreux, agréable, sympathique. Un homme à côtoyer dans le milieu mondain d’Assise! Un jeune homme avec un grand idéal, beaucoup d’ambition, beaucoup de rêves ! Le jeune François est un chercheur d’expériences fortes. Il ne veut pas mener une vie banale et médiocre ! Il veut être quelqu’un ! Il veut laisser une trace dans l’histoire! Par un regard rapide, nous pourrions juger superficielle et peut-être même artificielle, la jeunesse de saint François. Il se croit un jeune qui croque la vie à pleines dents. Son existence est intense mais elle est liée à la satisfaction humaine immédiate.

Saint François, dans sa jeunesse, cherche la gloire humaine. Sa famille a de l’argent, il jouit d’une confortable position sociale, les amis sont nombreux et les ennemis ne sont pas dangereux. Comme le jeune homme de l’Évangile (cf. Mt 19,16 – 22), il pratique la religion quand il le faut, il a des biens mais il n’est pas encore dans la maturité spirituelle. Dans sa vie, Dieu reste trop formel, trop loin. Sans doute il le connaît mais il ne l’a jamais vraiment rencontré. Son vieil homme est bien actif. Les loisirs et les plaisirs sont bien présents dans ces actions. Son moi oriente sa vie. Il est même le maître de sa vie.

Mais bientôt sa vie change lorsque Dieu le visite, comme nous le verrons dans notre prochain article… Mais qu’en est-il pour nous ?


Méditation

  • Dieu est-il pour moi formel ou essentiel ? Quelle est ma relation avec lui ?
  • Ai-je rencontré Dieu dans ma vie ? Est-ce que je le cherche encore ?
  • Suis-je prêt à vivre une conversion ? Un changement réel ? Si oui, comment ?

 

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