La fête des stigmates de Saint François : devenir un ‘autre Christ’

« Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », disait Saint Paul aux Galates. « Il faut que lui grandisse que moi je diminue », répond en écho Saint Jean-Baptiste. Deux grands saints qui ont su s’effacer pour laisser progressivement toute la place au Christ dans leur cœur et dans leur vie. Saint François aussi a vécu le même cheminement de dépouillement intérieur pour se laisser configurer peu à peu au Christ par le Saint Esprit. Il laissera ainsi la vaine gloire, la richesse, la carrière, préférant la liberté, la pauvreté et la joie en marchant derrière Jésus pauvre et crucifié. Il se laissera progressivement désapproprier de tout, même de l’ordre qu’il avait fondé, choisissant de mourir « nu, sur la terre nue » (LM, 14). C’est emporté par ce désir de se donner toujours plus totalement à Dieu qu’il recevra les stigmates deux ans avant sa mort sur le Mont Alverne. La fête que nous célébrons aujourd’hui fait mémoire de cet événement. Mais que s’est-il vraiment passé sur cette montagne près d’Assise? Comment Saint François est-il devenu le premier chrétien stigmatisé? Saint Bonaventure nous le raconte dans le style imagé du XIIIe siècle :

Saint François recevant les stigmates, Giotto di Bondone, exposé au Musée du Louvre.

Un matin, pendant qu’il priait sur le versant de la montagne, il vit descendre des hauteurs célestes un séraphin ayant six ailes de feu toutes resplendissantes. […] Alors, entre les ailes du séraphin apparut un homme crucifié ; ses mains et ses pieds étaient étendus et attachés à une croix. Deux de ses ailes étaient élevées au-dessus de sa tête, deux autres étaient étendues pour voler, et les deux dernières couvraient son corps. A cette vue, le saint demeura dans un étonnement indéfinissable, et son cœur éprouva un sentiment de joie mêlée de tristesse. Il se réjouissait d’un spectacle aussi admirable, où le Seigneur, sous la forme d’un séraphin, contemplait son serviteur, et son âme était transpercée d’un glaive de compassion douloureuse en le voyant ainsi attaché à la croix. […] Enfin, il comprit que la divine Providence l’avait fait jouir d’une telle faveur pour lui apprendre que c’était, non par le martyre de son corps, mais par un embrasement sans réserve de son âme, qu’il devait se transformer en la ressemblance du Sauveur crucifié. La vision disparaissant le laissa donc tout rempli en son cœur d’une ardeur ineffable, et imprima en son corps des traces admirables. Car aussitôt commencèrent à paraître dans ses mains et dans ses pieds les marques des clous, telles qu’il les avait vues tout-à-l’heure dans l’homme crucifié offert à ses regards. Ses mains et ses pieds semblaient transpercés de ces clous; leurs têtes apparaissaient à l’intérieur des mains et sur les pieds, et l’on voyait sortir leurs pointes à la partie opposée. Ces têtes étaient noires et rondes, et les pointes longues et comme recourbées avec effort ; après avoir traversé la chair elles demeuraient tout-à-fait distinctes. Son côté droit portait aussi l’empreinte d’une cicatrice rouge, comme s’il eût été traversé d’un coup de lance, et souvent le sang s’échappait de cette plaie avec une abondance telle que tous les vêtements du saint en étaient pénétrés. […] Lors donc que le véritable amour de Jésus-Christ eut transformé ainsi en sa ressemblance celui qui en était pénétré, […] l’homme angélique, François, descendit de la montagne portant avec lui l’image de son Seigneur crucifié, image non gravée sur la pierre ou le bois par la main de l’ouvrier, mais imprimée en sa chair par le doigt du Dieu vivant. – Saint Bonaventure, Legenda Major (LM), chapitre 13).


Saint François est ainsi devenu l’Alter Christus, l’autre Christ, ainsi surnommé, car, à partir de sa conversion, il s’est laissé peu à peu conformer à Jésus. Et nous? Bien sûr, il y a peu de chances que nous recevions un jour les stigmates. Mais le Seigneur nous appelle à nous donner totalement à son service, chacun dans notre vocation propre. Alors, sommes-nous prêts à nous laisser peu à peu transformer par le Saint Esprit pour répandre la bonne odeur du Christ autour de nous? Que Saint François, Saint Paul et Saint Jean-Baptiste nous guident nous sur notre route!

L’Amour n’est pas aimé.
Saint François.

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