Le Vendredi Saint et la Passion avec Saint François

Nous voici déjà au cœur du Triduum Pascal… Dimanche dernier, jour des rameaux, nous avons entendu l’évangile de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem sous les vivats de la foule : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur‘ ; aujourd’hui, lors de l’office, nous écouterons l’évangile de la Passion avec les cris de la même foule : ‘Crucifie-le, crucifie-le‘. Des cris pour ovationner. Des cris pour insulter et tuer. En à peine quelques jours !

Saint François aimait à contempler la vie de Jésus, de la crèche à la croix. Il aimait à contempler l’abaissement du Fils de Dieu qui ne s’est laissé détourner de sa vocation de Messie ni par les cris de vaine gloire, ni par ceux de violence, de haine et de mort. ‘La lumière est venue dans le monde et le monde ne l’a pas reçue‘, nous dit Saint Jean. Rappelons-nous : à Noël, il n’y a pas eu de place pour Marie et Joseph dans la salle commune et le Fils de Dieu est né dans une étable et la paille de la crèche. Quelques jours à peine après sa naissance, il doit fuir en Égypte pour échapper à Hérode. Le Vendredi Saint finalement, il est traîné hors de la ville de Jérusalem pour être crucifié sur une colline. Projetons-nous un instant au pied de la Croix et – comme ceux qui étaient là – levons les yeux vers celui qui est transpercé pour nous. Qu’éprouvons-nous? Le repentir comme le Bon Larron devant nos fautes? L’indifférence comme la foule indistincte des curieux (après tout, il s’agit d’un événement qui a eu lieu il y a 2000 ans)? La douleur et la compassion comme Marie et les proches de Jésus? Le désir de provoquer Jésus comme les pharisiens car nous n’attendions pas un messie crucifié? Ou au contraire la reconnaissance de Jésus Fils de Dieu comme le centurion? Peut-être aussi un peu de tout cela selon les circonstances de notre vie?

Et Saint François, que ressentait-il devant la Passion de Jésus? fr. Thomas de Celano, son premier biographe, nous répond (cf. Vita Secunda, 6, 10-11) :

Le crucifix de l’église Saint Damien.

Peu de temps avant que la transformation de son cœur n’apparût dans ses habitudes de vie, il lui arriva de se promener un jour du côté de l’église Saint-Damien, une église presque en ruines et abandonnée de tous ; poussé par l’Esprit, il entra pour prier. Prosterné, suppliant devant le crucifix, il fut touché et visité de grâces extraordinaires ; il se sentit devenir tout autre qu’il n’était en entrant. Or, à sa stupéfaction, voilà soudain qu’il entend […] ce crucifié qui parle, l’appelant par son nom : « François, lui disait-il, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines ! » Tremblant, stupéfait, François était comme égaré, incapable de répondre. Il se mit en devoir d’obéir et concentra toutes ses forces pour exécuter.

[…] C’est dès lors que fut ancrée dans son âme la compassion pour le Crucifié, et il est permis de supposer que, dès lors aussi, furent imprimés très profond dans son cœur les stigmates de la Passion avant de l’être dans sa chair. […] C’est aussi pourquoi, à partir de ce moment, il lui fut impossible de retenir ses larmes, et il pleurait à haute voix sur la Passion du Christ, comme s’il en avait toujours sous les yeux le spectacle. Les rues retentissaient de ses gémissements ; au souvenir des plaies du Christ, il refusait absolument toute consolation. Il rencontra un jour un ami intime qui fut ému jusqu’aux larmes quand François lui eut exposé la cause de sa peine.

Mais il n’en oublia pour autant ni le crucifix lui-même, ni l’ordre qu’il en avait reçu. Il offrit à un prêtre l’argent nécessaire pour une lampe et son huile, afin que l’image sainte du crucifix pût recevoir sans interruption l’hommage qui lui était dû. Pour réaliser le reste, il se mit avec ardeur aux travaux de réfection de l’église. Les paroles qu’il avait entendues concernaient l’Église que le Christ s’est achetée de son sang, mais Dieu ne voulut pas qu’il atteignît d’un coup la perfection : il se réservait de le faire passer progressivement de la chair à l’esprit.

Et si en ce Triduum Pascal, nous passions nous aussi de la chair à l’esprit, du doute à la foi, pour entrer dans la sagesse de l’Amour de Dieu et la Joie de Pâques? Après tout, étymologiquement, Pâques signifie ‘passage’, alors… si nous passions sur l’autre rive?

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