Nous poursuivons aujourd’hui notre série sur les lieux franciscains, i.e., ces lieux qui ont marqué la vie de Saint François. Lors du premier épisode, nous nous étions rendus à Saint Damien, l’endroit où Saint François a reçu sa mission et où il a installé le premier monastère des Pauvres Dames avec Sainte Claire (cf. ici). Aujourd’hui, nous avons choisi de nous rendre à l’église « Santa Maria Maggiore » (Sainte Marie Majeure) à Assise, aujourd’hui habitée par des frères franciscains capucins.

Cette église, située sur la « piazza del Vescovado » (place de l’évêché), a été la cathédrale d’Assise jusqu’en 1035, date à laquelle Ugone, alors évêque, déplaça le siège épiscopal à l’actuelle cathédrale Saint Rufin. Selon la tradition, elle fut fondée par Mgr. Savinio au IVᵉ siècle sur un temple romain dédié au dieu Janus, lui-même construit sur les vestiges d’une maison romaine du 1er siècle ayant appartenu à Properce, un poète assisiate qui vivait à la cour de l’empereur Octavien Auguste. Il s’agit donc d’un haut lieu historique. Mais en quoi ce lieu est-il important pour Saint François ?

Tout d’abord, on pourrait dire que c’est là que débute l’histoire sainte du petit François, puisque c’est là qu’il a été baptisé alors qu’il n’était qu’un nouveau-né. Mais elle est bien plus encore… Pour mieux comprendre, il faut remonter à l’origine de la vocation de François, et plus précisément à sa conversion. Celle-ci intervient à Spolète lorsque, lorsqu’il entend une voix en songe lui dire : « Pourquoi sers-tu le serviteur et non le maître ? ». Ce songe va tellement le marquer que fr. Thomas de Celano, son premier biographe, nous raconte que François, parti d’Assise en armure et à cheval, y revint en bure et à pied. Il vend ce qu’il possède et projette de « consacrer la somme aux pauvres et à la réparation de l’église Saint Damien ». Bien sûr, son changement de vie ne passe pas inaperçu. Il devient l’objet de moqueries des assisiates et son père, Pietro di Bernardone, est fou de rage. Il tentera tout pour le ramener à la raison, allant même jusqu’à l’emprisonner chez lui et à le frapper (cf. ici). Impuissant à le faire changer d’avis, il va assigner son fils devant Guido, l’évêque d’Assise, pour le déshériter. La suite ? C’est fr. Thomas de Celano qui nous la raconte :
« Loin d’y opposer quelque résistance, François, tout joyeux, se prêta volontiers à ce qu’on exigeait de lui. Amené en face de l’évêque, il n’attend pas, il ne barguigne pas : sans prononcer un mot et avant qu’on lui enjoigne quoi que ce soit, il ôte tous ses vêtements et les lance dans les bras de son père ; il ne garde même pas ses caleçons mais demeure complètement nu devant toute l’assistance. L’évêque, touché de ce courage et saisi d’admiration au spectacle d’une telle ferveur et force d’âme, se leva aussitôt, attira le jeune homme dans ses bras et le couvrit de son manteau. Il avait clairement conscience d’être là en présence d’une inspiration de Dieu. C’est pourquoi, à partir de ce moment, il se constitua son protecteur, lui prodigua encouragements et marques de tendresse. » (1 Cel 15)

Et c’est cet événement qui s’est déroulé précisément sur la petite place attenante à l’église Sainte Marie Majeure. Elle porte aujourd’hui (depuis 2016) le nom de « Santuario della Spogliazione » (littéralement, Sanctuaire du dépouillement) pour rappeler ce geste fort de François. Et, depuis le 6 avril 2019, Saint Carlo Acutis (mort en 2006, à l’âge de quinze ans) y repose, à droite de la nef.
Santa Maria Maggiore a donc été pour saint François un lieu de passage, une Pâques entre « l’avant » d’une vie sans Dieu et « l’après » d’une vie centrée sur Dieu. Pour nous, elle nous invite à nous questionner : qu’est-ce qui nous entrave et nous alourdit sur notre chemin, nous empêchant de grandir en sainteté ? À quel(s) renoncement(s) et à quelle(s) Pâques le Seigneur nous appelle-t-il ? Sur quoi/sur qui notre vie est-elle centrée? En un mot : « Où est le trésor de notre cœur ? ». Que le Seigneur nous éclaire et qu’Il nous donne la grâce, par l’intercession de Saint François et Saint Carlo, d’avancer libres sur la route où il nous appelle.
NDLR : Cet article est tiré de cette publication de nos frères italiens avec nos propres modifications.
