« Après qu’ils eurent mendié, ils se rejoignirent hors du village pour manger. Et saint François, voyant que les morceaux de pain de frère Massée étaient plus nombreux, plus beaux et plus grands, témoigna d’une très grande allégresse et parla ainsi : « O frère Massée, nous ne sommes pas dignes d’un aussi grand trésor que celui-là. » (…) Frère Massée répondit : « Père bien-aimé, comment peut-on parler de trésor, là où il y a tant de pauvreté et où il manque tout ce qui est nécessaire ? Ici il n’y a ni nappe, ni couteau, ni tranchoir, ni écuelle, ni maison, ni table, ni serviteur, ni servante. » Saint François dit alors : « C’est précisément cela que je tiens pour un grand trésor, qu’il n’y ait rien de préparé par l’industrie humaine ; mais ce qui est ici est préparé par la divine providence, comme on le voit manifestement dans le pain mendié, dans la table de pierre si belle et dans la fontaine si limpide. Aussi je veux que nous priions Dieu de nous faire aimer de tout notre cœur le trésor si noble de la sainte pauvreté qui a Dieu pour serviteur. » (Fioretti 13)
Cet épisode de la vie de Saint François nous paraît bien à propos pour célébrer la fête de Noël. Il nous semble en effet trouver un écho dans la pauvreté de la crèche où tout le nécessaire manque d’un point de vue humain. Oui, la Vierge accouche dans un endroit où tout sera providence : le lieu lui-même, la mangeoire, le foin, l’âne, le bœuf, les bergers, les Rois Mages et leurs présents, … C’est qu’il n’y a pas eu de place dans l’auberge pour le Sauveur du monde. Alors la Providence a pourvu…
Cela pose une question de taille qui peut nous rejoindre aujourd’hui : pourquoi n’y-a-t-il pas eu de place ? Parce que les gens dans l’auberge avaient tous leurs préoccupations (affaires en cours, urgences à traiter, …). Autrement dit, leur cœur était pris par les soucis, le « faire », l’avoir, le pouvoir… il était « riche » c’est-à-dire rempli d’eux-mêmes et ils n’ont pas vu la détresse de Marie et Joseph. Ils n’ont pas su faire un peu de place dans leur cœur et donc dans l’auberge… Alors il nous vient une question : qu’en est-il de nous ? Y-a-t-il de la place dans notre cœur pour Jésus ? C’est que notre Dieu est un Dieu discret, humble. Il ne s’impose pas, il ne fait pas de bruit, il ne revendique rien. « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si quelqu’un m’ouvre, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi » dit-il dans l’Apocalypse. Il est même poli : il frappe et attend – Lui, Dieu – qu’on l’autorise à entrer. Il ne vient pas violer notre liberté, mais il vient nous la rendre car le péché nous a rendus esclaves.
L’enjeu de Noël et de toute notre vie chrétienne est d’ouvrir la porte de notre cœur et de le laisser entrer. Et pour cela, il faut un cœur humble, un cœur pauvre qui laisse de la place à son Sauveur pour qu’il puisse naître et grandir, au point que comme Saint Paul nous puissions dire : « Ce n’est plus moi qui vis c’est Christ qui vit en moi ». Jésus est le Chemin, la Vérité, la Vie : il a les paroles de la vie éternelle. Il est la clé de notre bonheur. Il nous révèle notre identité de fils et fille de Dieu et nous donne notre vocation et notre mission.
A Noël, Dieu nous rejoint dans notre humanité : il est Emmanuel, Dieu-avec-nous. C’est le mystère de l’Incarnation. Alors, en contemplant cette crèche, demandons-lui simplement : « Viens, Seigneur, naître dans mon cœur pour que je puisse te porter au monde avec empressement, à l’image de Marie ! ». C’est notre vocation, notre mission : dire au monde que rien n’est perdu car Il nous aime et ses projets pour nous sont des projets de bonheur ! Il est le Dieu de la Vie.
Saint et Joyeux Noël à tous !

