Aujourd’hui, nous célébrons la fête des Rameaux qui nous introduit dans la Semaine Sainte. Aujourd’hui, nous entendons pour la première fois la lecture de la Passion du Christ que la pédagogie de l’Église nous donnera de réentendre dans l’Évangile de Saint Jean pour le Vendredi Saint. Alors, en ce jour, nous avons choisi de méditer autour de la Croix avec une question que peut-être nous nous posons :
Pourquoi vénérer le crucifix ? De quelle manière la croix peut-elle me parler et qu’a-t-elle à me dire aujourd’hui ? S’agit-il seulement de se « concentrer » sur la douleur et sur la mort, ou y a-t-il davantage ?
Dans la spiritualité chrétienne, la croix a joué un rôle fondamental dès les origines du christianisme. Au fil des siècles, elle a acquis une force et une centralité plus grandes à la lumière d’une compréhension toujours plus profonde du mystère, au point que chaque temps de prière commence en traçant la croix sur notre corps… comme si c’était un « mot de passe » pour entrer en communion avec Dieu.
Pour nous, frères franciscains, la croix est très chère et revêt une profonde signification. Saint François invitait souvent les frères à contempler en lui le mystère de Jésus mort et ressuscité pour nous, à y lire la bonté d’un Père qui ne craint pas de nous donner son Fils unique. Comment oublier d’ailleurs qu’il s’est converti devant le crucifix de la petite église de Saint Damien (cf. ici) ?
Saint Bonaventure raconte comment, à Rivotorto, François et ses premiers compagnons, n’ayant pas les Évangiles à lire et à méditer, « fixant sans cesse sur le crucifix leur regard, feuilletaient et refeuilletaient le livre de la croix du Christ » (FF 1067). Pour se souvenir de la croix et l’avoir toujours avec lui, on raconte que François, après sa conversion, « se confectionna un vêtement reproduisant l’image de la croix » (FF 356), habit que nous, frères, portons encore aujourd’hui (cf. ici). En outre, dans le Testament écrit peu avant sa mort, François recommande à tous les frères de commencer chaque prière par ces paroles : « Nous t’adorons, Seigneur Jésus-Christ, ici et dans toutes tes églises qui sont dans le monde entier, et nous te bénissons, parce que par ta sainte croix tu as racheté le monde. » (FF 111). Une prière que tous les frères récitent encore aujourd’hui lors de la liturgie des heures !
C’est donc dire l’importance de la croix dans la spiritualité franciscaine. Mais au fond, elle est un élément central de la foi chrétienne.
La croix est en effet le lieu où Dieu se montre tel qu’Il est vraiment. Sur la croix, Jésus dit de manière indélébile l’amour que le Père a pour chaque être humain. Par la croix, Dieu révèle son visage dans un « oui » à l’homme indépendamment de sa réponse : Il dit « oui » à l’homme qui Lui répond « non » par une violence telle qu’elle tue le Fils bien-aimé.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». (Jn 3,16-17).

La croix, à l’origine instrument de torture et de mort, devient avec Jésus l’instrument que le Père utilise pour apporter la vraie vie à l’être humain. Dieu meurt sur la croix. En mourant, Jésus s’unit aux douleurs vécues par les hommes et les femmes de tous les temps. Mais il nous révèle que le dernier mot n’est pas la mort, que la souffrance est une « situation provisoire » (comme l’a dit don Tonino Bello), que dans les fatigues de la vie, plus personne n’est seul ni abandonné.
Alors, lorsque nous écouterons le récit de la Passion et vénérerons la Croix le Vendredi Saint, reconnaissons ce que Dieu a fait pour nous : Il n’a pas refusé de donner sa vie pour chacun d’entre nous pour que nous devenions ses amis ! Contemplons Jésus qui vit sa vie d’homme jusqu’au bout et laissons-nous gagner par son amour. Du côté transpercé de Jésus, coule le fleuve de vie qui vient irriguer nos déserts et les faire fleurir. Ainsi, nos morts, nos blessures deviennent des passages vers une vie plus grande. Alors, la croix n’est plus l’instrument de torture des Romains mais un instrument de vie. La perspective change et l’espérance renaît ! La Pâques du Seigneur est en marche, la résurrection est au bout de la Semaine Sainte ! Passion et résurrection sont inséparables ! Notre vocation de chrétien est d’en être les témoins vivants!

NDLR : Cet article est tiré de cette publication de nos frères italiens avec nos propres ajouts et modifications.
