Nous terminons aujourd’hui la série sur notre habit franciscain. Tous les frères le reçoivent lors de leur entrée au noviciat en entendant cette phrase solennelle :
« Reçois l’habit franciscain en forme de croix pour te conformer au Christ au début de l’année de la preuve. »
C’est dire son importance pour nous, les frères. Alors, après avoir regardé de plus près la genèse de l’habit franciscain (cf. ici), les évolutions de sa couleur au fil de l’histoire (cf. là) et sa signification (cf. ici), nous revenons aujourd’hui sur un élément très important : la corde. Et cette corde est une caractéristique typiquement franciscaine comme vous allez le voir.
Vous vous rappelez sans doute comment Saint François « inventa » son habit. Nous l’avions vu ensemble dans l’épisode 1 de cette série consacré à sa genèse (cf. ici). Il avait entendu l’Évangile de l’envoi des disciples en mission deux par deux sans aucune sécurité en annonçant la Bonne Nouvelle. Et cet Évangile avait résonné en lui. Il avait enfin trouvé sa vocation :
« C’est cela que je veux, c’est cela que je cherche, c’est cela que je désire de tout mon cœur ! ». Alors, le saint père, tout rempli de joie (…), s’empresse de mettre fidèlement en pratique ce qu’il a entendu : il ôte ses sandales, abandonne son bâton, se contente d’une seule tunique, et remplace sa ceinture par une corde. Dès lors, il se confectionne un vêtement qui reproduit l’image de la croix… » (Sources Franciscaines, 356)
C’est donc à l’instant où il découvre sa vocation qu’il « crée » son habit pour qu’il soit le plus conforme possible à l’Évangile. En fait, il voulait tout simplement vivre ce dernier « à la lettre » ! Ce sont d’ailleurs les premiers mots de notre règle : « Notre vie consiste en ceci : vivre le Saint Évangile sans rien en propre et dans la chasteté » (cf. là).
Mais en quoi remplacer la ceinture par une corde a-t-il de l’importance ? À l’époque de François, les hommes attachaient à la ceinture leur bourse d’argent et leur épée. Abandonner la ceinture manifeste donc à tous le changement de vie, la conversion de François. Lui qui était marchand (et donc aisé) et qui voulait devenir chevalier abandonne à la fois la richesse, le pouvoir et la gloire pour une vie ‘mineure’ sur les pas du Christ pauvre et crucifié. La corde n’était utilisée que par les pauvres qui n’avaient ni bourse ni épée. En l’adoptant pour son habit, François manifestait au monde son choix de vie marqué par la pauvreté, la minorité, la fraternité. Trois éléments au cœur du charisme franciscain. C’est la réponse de François à l’appel du Seigneur qu’il vient de comprendre à travers la Parole de Dieu.

Depuis ce jour, comme les anciens chroniqueurs le rapportent, la manière dont François et ses frères se présentent est définitivement fixée : un habit (tunique et capuchon) en forme de croix et une corde autour de la taille. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en France, les franciscains furent appelés « les Cordeliers » jusqu’à la Révolution française. Au début, il ne s’agissait que d’une « corde nouée » sans nombre précis de nœuds. Cependant, très vite, ceux-ci furent fixés au nombre de trois, renvoyant clairement aux trois vœux : obéissance, pauvreté et chasteté, comme on peut le voir dans les premières représentations iconographiques de saint François ou sur la photo ci-dessus prise lors d’une profession simple.
Ainsi, la « corde franciscaine », choisie à l’origine pour sa simplicité et sa rudesse, en contraste avec la ceinture de cuir signe de pouvoir et de richesse, s’enrichit rapidement d’une signification symbolique supplémentaire avec l’ajout des trois nœuds exprimant les trois vœux de la profession religieuse — l’obéissance, la pauvreté et la chasteté. Peut-être vous demandez-vous aussi le sens de ces vœux que nous professons tous le jour de notre profession simple puis solennelle? Sœur Brune – Marie, sœur mineure de Saint François et de Sainte Claire d’Assise*, répond à cette question en 2′ dans cette vidéo.
NDLR :
- * Les sœurs mineures de Saint François et de Sainte Claire d’Assise sont une petite fraternité religieuse naissante, rattachée aux franciscains conventuels de la custodie France-Belgique dont le charisme peut se résumer ainsi : Connaître l’Amour et le faire connaître ! Tous les détails ici.
- Cet article est tiré de cette publication de nos frères italiens avec nos propres modifications et ajouts.
