Nous avons vécu en cette rentrée deux événements forts : la profession solennelle de fr. Clément (cf. ici) et l’entrée au noviciat de nos quatre postulants (cf. là). Lors de cette dernière cérémonie, les « néo-novices » ont reçu l’habit franciscain. Il leur a été remis avec cette phrase lourde de sens :
« Reçois l’habit franciscain en forme de croix pour te conformer au Christ au début de l’année de la preuve. »
Un habit que fr. Clément a choisi de porter pour toujours et que nos novices ont endossé pour la première fois la semaine dernière ! Ces événements heureux sont donc l’occasion pour nous de vous parler de notre habit. Et pour cela, nous nous sommes appuyés sur une série que nos frères italiens avaient consacré à ce thème. Aujourd’hui, premier épisode, mais quelle est donc l’origine de notre habit franciscain ?
Sans surprise, elle est bien sûr à rechercher du côté de notre père fondateur, Saint François d’Assise. Fr. Thomas de Celano, son premier biographe, nous raconte comment à la suite de sa conversion, il avait d’abord commencé à s’habiller à la manière des ermites, « avec la ceinture de cuir, le bâton à la main et les sandales aux pieds » (Vita Prima, 9, 21). Mais un jour, alors que Saint François assistait à la messe, il entendit l’Évangile de l’envoi en mission des disciples deux par deux où Jésus leur prescrit « de ne rien prendre pour la route », et d’appeler les personnes rencontrées à la conversion. S’étant fait expliquer ce passage de l’Écriture par le prêtre (NDLR: car l’Évangile était lu en latin), sa réaction ne se fit pas attendre :
Transporté aussitôt de joie dans l’Esprit-Saint, il s’écria « Voilà ce que je veux voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir ! » Séance tenante, notre Père saint, débordant de joie, passe à la réalisation du salutaire avis ; il ne souffre aucun retard à la mise en pratique de ce qu’il vient d’entendre : il délace ses chaussures, quitte son bâton, ne garde qu’une tunique et remplace par une corde sa ceinture. Il se confectionne ensuite un habit reproduisant la forme de la croix pour chasser toute convoitise diabolique ; il le fit très rugueux pour crucifier ainsi la chair avec tous ses vices et péchés ; il le fit très pauvre et grossier, incapable d’inspirer quelque envie au monde. (Vita Prima, 9, 22)

Saint François met donc immédiatement en pratique ce qu’il a compris de la volonté du Seigneur pour sa vie. Il se confectionne un habit manifestant son choix de vie radical. Il s’est inspiré d’un vêtement bien connu depuis l’époque romaine et utilisé par les paysans : une sorte de chemise très simple, serrée aux hanches par une ceinture ou une corde grossière, le ‘sagum‘ en latin que l’on peut traduire par ‘saie‘ ou ‘sayon‘ en Français. Avec le choix de ce vêtement, François manifeste qu’il veut se conformer au Christ et vivre l’Évangile de manière radicale, ‘sans glose’ comme il le disait. Lui qui était riche et voulait devenir chevalier choisit de se dépouiller de tout signe de pouvoir et de richesse, à l’image de Jésus. Il abandonne d’ailleurs aussi la ceinture de cuir, qui était l’accessoire habituel pour porter la bourse des bourgeois, marchands et chevaliers, et la remplace par une humble corde, comme les pauvres et les indigents de son époque. La dernière tunique de Saint François, rapiécée par Sainte Claire, est d’ailleurs visible à Assise (cf. photo ci-dessus).
Les frères portent ainsi un habit constitué d’un capuchon et d’une tunique ceinte à la taille par une corde. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en France les franciscains furent appelés jusqu’à la Révolution française « les Cordeliers ». Cet habit a traversé les siècles et manifeste l’appel reçu par Saint François et tout frère mineur : vivre avec radicalité et passion l’Évangile et l’annoncer dans la simplicité sur les routes du monde!
NDLR: La vidéo ci-après vous présente la tunique de St François évoquée plus haut (n’oubliez pas d’activer les sous-titres sauf si vous parlez l’italien!). Et si vous êtes de passage à Assise, n’hésitez pas à aller la contempler!
